24/11/2012

593. Tristesse de l'amour
















Les femmes, mon amour, craignent la rêverie.
Tu ne peux pas savoir de quel poids la langueur
Les accable. Le soir, quand la calme prairie
Émet des parfums frais comme un sorbet d'odeur,

Quand le vent noir circule, invisible danseuse,
Et semble vouloir plaire aux astres attentifs,
Quand, au bas du coteau, un train prompt et furtif
Lance comme un torrent sa force aventureuse,

Quand sur la ville calme, et que l'ombre abolit,
Tout à coup le suave et copieux silence
Noblement se construit, navigue et se balance,
Aérien vaisseau sur l'éther amolli,

Les femmes sont sans joie, et se désintéressent
Du sublime univers, plein de vœux inconnus ;
L'esprit bouleversé, ces ardentes prêtresses
S'épouvantent du rêve en leur cœur contenu.

— Amants, ayez pitié de ces bêtes divines,
Aimez ce corps qui meurt, ce corps qui va mourir.
Ces fronts contemplatifs que la beauté chagrine,
Que rien, hormis l'amour, ne pourrait secourir !

Les femmes ne sont pas romanesques, l'espace
Qui séduit leurs regards et les vient envahir,
Ne leur offre jamais aucun but qui dépasse
L'éblouissement grave et constant du désir !

Ne leur demandez pas d'être amplement sincères.
Les mots ne servent pas leur vaste vérité,
Ces rêveuses, tandis que vos bras les enserrent,
Poursuivent le divin parmi la volupté.

Ne leur demandez pas d'être humblement fidèles,
Leur cœur puissant a droit à d'infinis détours ;
Leur détresse ressemble à ces cris d'hirondelles
Qui jettent sur le soir tant d'adieux et d'amour !

Lorsque leur turbulent et confiant désordre
S'abat entre vos mains, dans leurs instants sacrés.
C'est l'immense univers qui leur donne des ordres,
Et vous n'êtes jamais qu'un répit préféré.

Rien d'autre que l'amour n'occupe ces furies,
Leur douceur, leur bonté n'est qu'un humble présent
Que leur âme attentive, anxieuse et meurtrie,
Accorde à vos désirs, moins que les leurs puissants !

Les Forces Eternelles